Relancer le lien culinaire des Premières Nations

Connexion culinaire des Premières Nations
Les communautés des Premières Nations à travers le Canada continuent de faire face aux effets de siècles de colonisation, avec des impacts non seulement sur leurs communautés, mais aussi sur leur nutrition, leur santé et leur bien-être. Récemment, grâce à une sensibilisation culturelle et à de nouvelles initiatives gouvernementales, les communautés des Premières Nations ont amorcé une renaissance de leur agriculture et de leurs cuisines autochtones. Un renouveau du lien culinaire des Premières Nations apporte des avantages qui vont bien au-delà de la sensibilisation culturelle.

Génocide culturel et insécurité alimentaire

La rupture du lien culinaire des Premières Nations a commencé il y a des siècles. La nourriture ancestrale a été pratiquement anéantie lors de la colonisation à partir du XVIe siècle, alors que les protocoles européens remplaçaient les pratiques et traditions agricoles autochtones.

À partir de la fin du 19e siècle, les autorités ont refusé aux enfants autochtones des pensionnats ce qui restait de la nourriture autochtone traditionnelle. Au lieu de cela, les autorités poussaient régulièrement ces enfants au bord de la famine. Le peu de nourriture que ces enfants ont reçu comprenait des aliments à indice glycémique élevé, non nutritifs, avariés et en conserve.

Des analyses récentes montrent que la pauvreté et l’insécurité alimentaire continuent d’être répandues dans les communautés des Premières Nations. Les statistiques nationales excluent souvent les études sur les réserves, laissant les Premières Nations et les autres communautés autochtones non prises en compte dans les estimations gouvernementales de la pauvreté.

Cependant, une étude de 2015 estime que 53 % des enfants des Premières Nations vivant dans les réserves vivent dans la pauvreté et que près de 80 % des réserves ont un revenu médian « inférieur à la mesure de faible revenu ». Plus récemment, une étude de 2019 estime que 18 % des groupes autochtones hors réserve vivaient sous le seuil de pauvreté, les membres des Premières Nations représentant 22,1 % des pauvres de ce groupe.

Parallèlement aux taux élevés de pauvreté, le lien culinaire rompu des Premières Nations a entraîné une vaste surreprésentation de l’insécurité alimentaire au sein des communautés autochtones. Une étude de 2015 estime que les communautés autochtones souffrent d’un taux moyen d’insécurité alimentaire de 28 % et, bien que l’insécurité varie selon la province, une étude de 2017-2018 estime que près de 60 % des communautés de la province canadienne du Nunavut, où la population autochtone représentait pour plus de 85% de la population du territoire en 2016, souffrent d’insécurité alimentaire. En Ontario, au Canada, où résident 23 % de la population des Premières nations du Canada, l’insécurité alimentaire est de près de 15 %.

Déserts alimentaires et problèmes de santé chroniques

Une étude sur les choix alimentaires réalisée en 2020 a révélé que de nombreuses réserves des Premières Nations n’ont pas accès aux aliments traditionnels, mais s’approvisionnent régulièrement en aliments transformés dans les épiceries et les dépanneurs.

La proximité des dépanneurs avec les communautés à l’intérieur et à l’extérieur des réserves a entraîné une forte consommation d’aliments hautement transformés et malsains, près de 60 % des membres des Premières Nations achetant de la nourriture dans les dépanneurs au moins une fois par mois.

Les prix des aliments dans les dépanneurs sont plus élevés que dans les épiceries, ce qui entraîne à la fois un déficit économique et sanitaire dans la communauté. Le taux de diabète et d’obésité est élevé dans les communautés des Premières Nations, puisque près de 13 % des enfants âgés de 12 à 17 ans sont obèses, selon les estimations d’une enquête de 2008-2010. Une étude médicale de 25 ans menée entre 1980 et 2005 a révélé que plus de 20 % des femmes des Premières Nations et 16 % des hommes des Premières Nations souffrent de diabète de type 2.

La résurrection de la culture

Au sein des communautés des Premières Nations, les membres ne sont pas restés inactifs. Les passionnés de cuisine, comme Rich Francis, chef et finaliste du « Top Chef Canada » du Food Network, et l’ethnobotaniste des Premières Nations Leigh Joseph ne sont que deux des nombreux peuples des Premières Nations à défendre la renaissance d’un lien culinaire entre les Premières Nations et des pratiques agricoles renouvelées. En apportant à la table des plats antérieurs au colonialisme, le récit de la cuisine autochtone connaît un changement parmi les communautés.

Les aliments indigènes de la terre, tels que le saumon, le béluga, l’orignal, la graisse de baleine, le bison, les haricots, les champignons, le maïs, les bleuets des montagnes, les agrumes, les herbes fraîches, la betterave et le cèdre sont riches en nutriments et durables et aident à reconnecter une communauté à leur les racines.

Bien que certains aliments, comme la viande de baleine et de gibier sauvage, ne soient pas commercialisés légalement hors réserve, ces aliments connaissent un regain d’intérêt dans les réserves, parallèlement aux pratiques traditionnelles de chasse et d’agriculture.

Des restaurants canadiens comme Salmon n’ Bannock à Vancouver, Kekuli Cafe à Merritt et Westbank et Feast Café Bistro à Winnipeg ne sont que quelques-uns des restaurants sur et hors réserve proposant une cuisine autochtone traditionnelle et modernisée qui ravivent le lien culinaire des Premières Nations.

Les programmes gouvernementaux cherchent à soutenir

En 2016, seulement 2,7 % de la population agricole identifiée comme autochtone et moins de 2 % avaient une représentation parmi les exploitants agricoles.

En raison du grave manque de représentation agricole de ces communautés, le gouvernement canadien a établi en 2018 « L’Initiative des systèmes agricoles et alimentaires autochtones », qui vise à offrir des opportunités et le soutien financier nécessaire aux peuples autochtones pour relancer la production agricole au sein de leurs communautés sur une longue période. période de cinq ans.

L’initiative de 8,5 millions de dollars vise à aider à la planification et à la production d’aliments frais au sein des communautés autochtones. Dans l’ensemble, il vise à établir des systèmes alimentaires au sein des communautés autochtones pour accroître l’accès à des aliments sains et nutritifs « tout en offrant aux peuples autochtones l’occasion de partager leurs connaissances et leurs expériences agricoles, et de commercialiser et de vendre leurs produits agricoles ». L’initiative fournit également la formation nécessaire pour augmenter les opérations agricoles.

Patrimoine en harmonie

Alors que de nombreuses traditions culinaires, éducatives, agricoles, spirituelles et culturelles des Premières Nations sont pratiquées par les nouvelles générations, les espoirs de réduire les problèmes de santé chroniques et d’accroître la stabilité alimentaire sont aussi nombreux que la terre dont ils sont originaires.

– Michelle Collingridge
Photo : Flickr

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