Focus sur le travail solidaire en Colombie

Travail de solidarité en ColombieLa guérilla a été particulièrement dévastatrice pour les communautés autochtones et afro-colombiennes de Colombie. Ces groupes comptent plus de 1,5 million de personnes et représentent 3,4 % de la population totale du pays. Sur les 7,5 millions de personnes déplacées à l’intérieur de la Colombie, il y a 192 638 Autochtones et 794 703 Afro-Colombiens. Les groupes criminels organisés et les organisations paramilitaires ciblent les deux populations déplacées. Le Dr Jessica Srikantia suggère qu’une certaine aide humanitaire aggrave le problème par inadvertance en raison de son approche et suggère des méthodes alternatives pour un travail de solidarité efficace en Colombie.

Nocif au lieu d’utile

Le Projet Borgen a interviewé le Dr Jessica Srikantia, professeure agrégée à l’Université George Mason qui a passé des années à participer au travail de solidarité en Colombie avec les communautés autochtones et afro-colombiennes. Elle a été témoin des conséquences de la violence structurelle sur les communautés vulnérables.

Pour lutter contre la crise humanitaire en Colombie, les organisations humanitaires mondiales ont principalement financé le gouvernement colombien pour soutenir la nutrition et le développement économique. Bien que ces organisations puissent avoir de bonnes intentions, selon le Dr Srikantia, elles peuvent contribuer aux violations continues des droits humains. Dans un processus qu’elle qualifie d’« aide intéressée », ces organisations humanitaires peuvent faire plus de mal que de bien.

Une forme courante d’intervention humanitaire préjudiciable est l’introduction d’organismes génétiquement modifiés (OGM) dans l’agriculture locale. L’utilisation de pesticides et de cultures OGM menace la biodiversité de pays comme la Colombie, qui abrite plus de 30 espèces de maïs. Les organisations de base essaient d’éliminer l’utilisation des cultures OGM. Comme alternative, les groupes de base préconisent de fournir aux agriculteurs locaux un accès aux semences et au financement pour préserver et étendre les cultures existantes.

Aide à la « décolonisation »

Pour mener son travail de solidarité en Colombie, le Dr Srikantia a dû « décoloniser » son esprit en apprenant à comprendre ce dont les communautés ont besoin plutôt que de mettre en œuvre des méthodes occidentales « développées ». Elle souligne la distinction entre les organisations de base sur le terrain et les organisations qui travaillent à distance à travers les structures de pouvoir existantes.

Le premier type d’organisation travaille avec les communautés pour être autosuffisantes et maintenir leur identité. L’autre type essaie d’assimiler les communautés à l’économie mondiale, ce qui peut être préjudiciable à la culture et à l’identité locales. La vraie solidarité se produit lorsqu’une organisation établit une relation avec une communauté, dit-elle.

Le travail de solidarité du Dr Srikantia en Colombie a pris la forme d’un plan d’intervention d’urgence. Cela comprenait l’organisation des gens, la convocation du Congrès, la sensibilisation et le travail actif sur le terrain. Elle a qualifié ce qu’elle faisait d' »éteindre les incendies ». Elle a également fait pression pour une réforme des politiques afin de prévenir les dommages aux communautés vulnérables.

Reconquérir ce qui est sacré

Le Dr Srikantia pense que la clé pour mettre fin aux violations des droits humains peut être trouvée lorsque « nous réclamons ce qui est sacré ». En Colombie, elle a été témoin de communautés qui vivaient dans le respect de l’interdépendance de tous les êtres vivants. Le paradigme actuel du développement mondial se concentre sur la privatisation pour créer de la richesse. Une meilleure méthode, cependant, est d’aider les communautés en leur permettant de conserver leurs identités culturelles et leur mode d’existence actuel.

Le Dr Srikantia suggère qu’au lieu d’essayer d’intégrer les groupes dans l’économie mondiale, les organisations humanitaires devraient leur apprendre à être autosuffisants et les aider à se contenter de ce qu’ils ont. Au lieu d’enseigner l’insécurité, qui ne fera que nuire aux communautés vulnérables, les gens doivent apprendre à se réapproprier ce qui est sacré : vivre dans le respect de l’interdépendance de la vie.

– Gerardo Valladares
Photo : Flickr

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